En ce vendredi soir, je retrouve Louis pour aller enfin découvrir la Golden Gai. Je vous entends d’ici : « Qu’est-ce donc ? Une exposition ? Le quartier des joailliers ? Un building extravagant ? » Que nenni, que nenni mes chers amis. Il s’agit d’un ensemble de 5 ruelles situées en plein Kabuki-chô composées de dizaines de bars lilliputiens dans lesquels il n’y a parfois de place que pour 6 ou 7 personnes, barman compris.
Je vous sens perplexe. Mon âme généreuse m’oblige à citer le routard afin de vous aider à y voir plus clair et de saisir tout l’intérêt d’aller découvrir ce coin si particulier de Shinjukû. C'est parti: "Un vestige de l'après-guerre et de la période de reconstruction. Cinq longues et étroites ruelles, bordées par quelques 100 bar lilliputiens (en moyenne 4m²) contenant au maximum 8 personnes (y compris le patron et le comptoir). Au rez-de-chaussée serrés les uns contre les autres comme des sardines, parfois à l'étage au-dessus. [...] Ces bars possède depuis longtemps leur propre clientèle de fidèle. [...] À vous d'errer, de renifler, de croiser des regards et atmosphères hospitalières. [...] Bon, ne pas manquer de venir vous pénetrer de ce lieu étrange, totalement anachronique et toujours menacé d'être un jour rayé de la carte par une grosse opération immobilière". Pas mal non ?
Tout commence innocemment par une promenade à Sanchôme, à côté du Kabuki-Chô. L’objet de notre ballade est de trouver un resto pas cher proposant du tonkatsu. Nous finissons par en trouver après avoir arpentés moultes ruelles. Une fois nos estomacs repus, nous partons donc pour le Kabuki-chô.
Rapidement, on se retrouve un peu perdu au milieu de tous les néons, de tous les employés de restos,de boites de streap-tease ou de clubs d’Host haranguant les passant. Je pense évidemment à chercher des jolies japonaises pour demander notre chemin, profitant de notre malheur pour entamer la discussion mais l’occasion ne se présente pas.
On se débrouille tellement bien dans notre mise en application de cette technique classique d’accroche qu’on finit par se faire accoster par l’occidental de 45 piges, bide généreux, deux dents en moins qui nous proposent un open bar avec des filles pour 5000 yens chacun (40 euros). L’histoire aurait pu s’arrêter là si on avait essuyer un refus poli. Mais c’est sans compter sur Louis, toujours prompt à expérimenter ses talents de comédiens.
Le commencement se situe au moment où Charlie (le vieux) nous demande d’où on vient. Naïvement je réponds qu’on est français mais ma voix est couverte par celle de Louis expliquant que nous sommes Canadiens. Québécois plus précisément. A ce moment-là, je comprends que ça part en n’importe quoi. Bon ben je vais suivre alors, c’est parti.
Charlie nous explique alors un peu l’ambiance de ce quartier, les différences entre américains, prêt à payer de suite pour aller boire des verres avec des japonaises et pourquoi pas plus, et français, réticents à dépenser leur argent là-dedans. Le tout servi par la théorie que les français ont besoin de connaitre la fille, ils ne sont pas intéressés pour aller « droit au but » dira-t-on.
Entretemps, on apprends que Charlie est italien mais vit à Tôkyô depuis une dizaine d’années. Il a aussi vécu au Maroc (il adore la beuh marocaine) et parle arabe. Et anglais. Et japonais. Et italien. Il a vécu quoi.
Bref, en fin de compte, au cours de la discussion, je suis devenu québécois avec un grand-père marocain (Charlie qui me demande si je viens du Maroc, Louis qui saute sur l’occasion) mais je ne parle pas arabe pour autant. Louis et moi bossons à nouveau pour le Routard et avons pour mission ce soir d’aller « tester » la Golden Gai. Et évidemment, nous hésitons lorsque Charlie nous propose de venir à son « bar ». Tout ça en l’espace de 15 minutes. Sacré Louis qui est allé au bout de son idée.
D’habitude les étrangers prétendent être intéressés et prennent la carte de l’établissement mais en fait ne viennent pas. Nous au moins lui disons clairement que nous ne voulons pas y aller. Ce qui pousse Charlie à dire à Louis qu’il nous aime bien parce qu’on est honnête au moins. Le must.
Il nous aime tellement qu’il nous guide jusqu’à la Golden Gai tout en nous expliquant qu’il n’y a rien là-bas. Pas de filles en petite tenue à draguer, juste tu te poses et tu bois ton verre.
En fait, l’endroit est vraiment très sympa. L’ambiance tranche radicalement de ce qu’on peut voir dans le Kabuki-chô à côté. Ici c’est calme, presque secret. En se baladant dans les ruelles, on a l’étrange impression d’entrer chez les gens. Les portes des bars ouvertes nous permettent de voir ces comptoirs avec 4 sièges à côté.
Les bars ont des thèmes les différenciant les uns des autres. Certains s’affichent comme des bars jazzy, l’un se nomme Atom Mother Heart en référence à un album de Pink Floyd et a sur sa devanture la cover de l’album en grand format. D’autres sont plus dans une ambiance jamaiquenne ou rock. D’autres n’ont pas trop de style particulier. Le must pour nous français reste le bar La Jetée tenue par une japonaise francophile et francophone fan de cinéma français (dixit le Routard). Ce soir-là, il était fermé donc nous n’avons pas pu tester.
Après de longues minutes d’hésitation, nous finissons par opter pour Le Cabochard. Pourquoi ? Parce que la serveuse était mignonne et qu’il y avait une autre fille encore plus mignonne accoudée au comptoir. Il nous en faut pas plus.
On se retrouve donc dans ce bar de 8m² à 4. Au moins la proximité est de mise. Louis commence à entamer la conversation pendant que je vis un instant assez terrible où mon japonais refuse de sortir. Amorphe, mou, « inréactif ». Dure dure comme entrée en matière.
Tant pis, Louis est chaud pour se débrouiller seul. La discussion se lance plus ou moins péniblement mais on finit par échanger quelques paroles (je m’inclus dedans, c’est plus sympa à la lecture). Ainsi la fille adossée au comptoir est la soeur de la tenancière. Et comble de l’histoire, elle étudie (ou a étudié, je sais plus) le français et la culture française à l’université. Elle parle ainsi un tout petit peu français. Bref, Louis et moi sommes sous le charme.
Le temps continue à s’écouler sans qu’on s’en rende compte. C’est que le peu d’espace donne une impression de chez-soi. Ainsi, on finit par commander une troisième bière chacun après avoir tapé la discute avec un mec arrivé entretemps qui nous explique que les Français sont cools et séducteurs, pas comme les Japonais qui sont ridicules. Et qu’à Disney Sea (parc d’attraction près de Tôkyô), on peut boire de l’alcool.
Pour l’anecdote, un mec « lourd » car insistant en France est ici au Japon un mec « léger ». Comme quoi, ils font tout pas comme nous.
La soeur finit par partir, à notre grand regret. On a même pas pu récupéré son numéro, Louis ayant un certain code éthique au niveau de la drague (et moi ayant été en-dehors de la plupart des discussions, je manque de légitimité). Le mec finit aussi par partir. Ils sont remplacés assez vite par 3 japonais dont deux qui viennent du Kansai (Kyôto).
Là encore, une surprise nous attend puisque l’un d’entre eux est fan de littéraire française. Il aime beaucoup Flaubert, Rabelais, Camus, Sartre, et connait même Moebius au niveau des bandes dessinés. C’est à croire qu’ils sont tous fans de la France. Bref, le courant passe à nouveau bien ; on continue de discuter. Louis récupère une adresse pour quand il ira à Kyôto avec son père.
A 23h40, nous sommes contraints de partir pour ne pas manquer le dernier train. Surtout que demain, direction Kamakura, l’ancienne capitale impériale au sud de Tôkyô. Mais en tout cas, contrairement à ce qu’affirmait Charlie, la Golden Gai vaut le déplacement.
Allez Alex courage tu finiras bien par en trouver une petite japonaise; toutes celles que tu nous a montrées jusqu'a présent sont mignonnes !encore un effort pour parler et tu y arriveras !quand vas-tu nous parler de ton nouveau stage et de ton appartement ?avant Noel tu connaitras TOKYo comme ta poche gros bisous de papy et mamie
RépondreSupprimerAh, peut être que le blog d'Alex ne dit pas tout... Il donne une version des faits adaptée à la soif inextinguible de son fan club.
RépondreSupprimerLouis a une bonne tête, mais j'aimerais bien voir la tienne. Prête-lui ton appareil photo!
Je suis tout à fait d'accord avec papa sur la bonne tête de Louis qui de temps en temps pourrait faire office de photographe.
RépondreSupprimerPar contre, je ne doute pas de tes propos, mon fils...
Tu dois certainement nous rendre compte des phases essentielles de tes pérégrinations et conserver ton jardin secret. Lequel d'entre nous pourrait te le reprocher!!
Bonne continuation dans tes découvertes , don't forget to improve your japanese language.
Bisous Cathy
Moi qui pensait vous faire découvrir un coin étonnant de Tôkyô avec tous ces petits bars, je me rends compte de ma naïveté ! Ca vous intéresse beaucoup moins que ce petit paragraphe sur la jolie japonaise francophile en fait, je comprends maintenant, je comprends...
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