jeudi 20 août 2009

Fujisan, ô mon Fujisan (Partie 2)

Nous voilà donc dans le bus, à écouter Martin raconter ses aventures pour arriver jusqu'ici, à savoir 8h de transport dans la journée, entrecoupées d'un moment recherche de ticket avec un controleur parmi les 500 tickets de la machine. On se rend assez vite qu'on est les seuls à parler, les autres passagers étant silencieux ou tentant de trouver le sommeil. Sage décision qui me pousse à chercher la somnole pour le reste du trajet. Au final, j'ai surtout eu mal au cou, mais tant pis, l'envie y était.

On débarque donc à cette fameuse 5ème station dont le nom m'échappe. C'est clairement le lieu de départ pour de nombreuses personnes vu le monde qu'il y a. Il est 22h et quelques, certains achètent déjà des souvenirs, d'autres des bâtons de marches, d'autres vont aux toilettes ou s'étirent. Bref, les derniers préparatifs. Perso, mes chaussures lisses et trouées me suffisent. Manu se chauffe à coup de redbull, ce qui, associé au bandana et au visage déterminé de Manu fait son petit effet. Martin a enfilé le sweat avec 15 trous au milieu prêté par sa famille d'accueil. Quelques photos et c'est parti.

Bon ça commence bizarre puisque pendant un gros quart d'heure, on ne fait que descendre. On en profite pour regarder au loin les lumières de la ville. Le ciel est complètement dégagé, la vue est magnifique. Malheureusement, mon appareil photo n'a pu saisir la magie de l'instant. Il faudra que vous fassiez l'ascension vous-mêmes pour vous en rendre compte. Et BIM ! Bref, c'est relax, on discute, on se marre. Il y a vraiment beaucoup de gens autour de nous, une véritable Fuji highway. Mais on n'a encore rien vu.

On finit par trouver le "vrai" départ, à partir de là où ça monte. Ça monte relativement tranquillement au début même si je sens que l'air est plus rare, ce qui a pour effet de me réduire quasiment au silence (si si c'est possible, à 2500 mètres d'altitude). Martin au contraire est à l'aise, et il continue de parler.

Pendant quelques temps, le sol est assez sableux. Au bout d'un moment, on entame les longs zigzags qui nous mèneront au sommet. Devant et derrière nous s'étalent les lumières (les lampes torches des gens) en file indienne, au milieu de la nuit noire et silencieuse. Nous avons un rythme assez élevé puisqu'on double de nombreuses personnes. Déjà la fatigue se fait ressentir dans les jambes, mais c'est largement supportable.

L'ascension durant l'été du Fuji est une activité très prisée des touristes et des japonais. C'est pourquoi tout le long du chemin, tout est prévu pour faciliter la montée. Ainsi, à intervalles réguliers, des "stations" permettent de se ravitailler en eau et nourriture, d'aller aux WC (mais qu'est-ce que ça schlingue) ou tout simplement de se poser quelques minutes. Martin en profite pour s'acheter des petits gateaux. Il complètera ses achats par des chaussettes et des gants un peu plus haut, lorsque le froid commencera à s'inviter.

Au bout d'un moment, les zigzag sableux stoppent pour laisser place à des rochers. Finalement, il y a toute une partie proche de l'escalade. Le rythme se ralentit, les chemins étant moins larges et les gens allant plus doucement. Nous, en bons français, on passe sur les côtés et on double. Bah tiens. On progresse jusqu'à temps qu'on soit pris dans les bouchons. Mais littéralement, ça n'avance plus tant il y a du monde. Même sur le Fuji, c'est surpeuplé, qui l'eut crû ? On a même rencontré un ancien ESSEC tout à fait par hasard. Le réseau, le réseau.

Le côté vicieux de cette ascension, c'est qu'à chaque tu crois te rapprocher du sommet alors qu'en fait, il te reste un bon bout de chemin. C'est ce qu'on appelle le syndrome des 500 derniers mètres. Qui furent assez horrible en plus. À partir de là, ça n'avance plus du tout, on a froid, la fatigue ées là alors que le temps joue contre nous (bah oui, on voulait avoir le lever de soleil). Je sens bien qu'il faut que je mange un truc mais j'ai pas faim et je préfère attendre d'être en haut. L'attente est longue, on s'emmerde, on a envie d'être en haut.

Finalement, à la fin, ça finit par avancer de nouveau. C'est en ordre dispersé qu'on arrive au sommet, moi en bon dernier, vanné, en manque de sucre et de souffle. C'est peu de le dire. J'arrive au sommet au bout du rouleau. Je ne peux rien manger alors que je n'ai pris que les petits barres céréales dégueulasses en 6h de montée, j'ai mal à la tête, j'ai les jambes fatigués. La totale. J'observe comme je peux le lever du sommeil qui est vraiment magnifique. Pendant ce temps, mes compagnons sont aux petits soins pour moi. Martin tente même d'aller expliquer le concept de l'hypoglycémie au restaurateur d'à côté. Oui parce qu'au sommet, il y a moults boutiques et restaurants (soba et soupe) prêts à aider les gens à se débarrasser de leur argent. Mine de rien, Martin revient avec deux paquets de sucre pour café. Ça au moins, je peux le manger. Ainsi, pendant que mes compagnons se restaurant, je somnole en essayant de bouffer ce putain de sucre.

Mine de rien, 20 minutes plus tard ça va déjà beaucoup mieux. Bon le lever de soleil est fini depuis longtemps et je crève de froid (on est quand même à 3770 mètres d'altitude) mais la vue est magnifique. C'est un peu le genre de paysage que l'on voit en avion, sauf que là, y'avait le froid en plus. Stylé non ? On surplombe les nuages, le lacs, les villes, etc. Dur de retranscrire la vue que l'on a par des mots. Jetez un oeil aux photos, ça vous donnera une idée !

À peine remis de mon hypoglycémie, il est temps de redescendre. Je crois que j'ai réalisé la montée du mont Fuji la plus ratée qu'il soit. J'arrive à jeter un œil au cratère du volcan mais Hugo et Osanne entament déjà la descente. Il faut dire que le vent nous glace les os tout en haut. C'est ainsi qu'après m'être balladé une dizaine de minutes en haut (après 6h de montée de nuit), je redescends. Fichtre, y'a comme une couille dans le pâté là.

La descente se révèle plus ardue que la montée, surtout pour les genoux. Le monde et l'aspect sablonneux du sol n'arrangent rien. Deux clans se dessinent, ceux partisans d'une descente à un rythme lent mais régulier (Martin, Manu) et ceux prônant une descente sportive, alternant courses et pauses (moi, Osanne au début). Hugo a trop mal à la tête pour prendre parti ("Au royaume du mal de tête, je serai le roi là"). Finalement, le clan des lents et flemmards l'emportent. On y va donc mollo, ce qui n'empêche pas Osanne de se sentir mal. Elle a quand même la patience de faire 45 minutes de queue pour aller dans des chiottes qui puent, c'est dire son état. Nous, les mecs, en profitons pour faire une sieste en bord de chemin. Le soleil nous réchauffe, on est bien là.

Finalement, après 3h30 de descente, donc la dernière partie sous une chaleur éprouvante (un coup à chopper la crève tout ça), on retrouve notre point de départ. Exténués mais satisfaits, on se restaure en attendant notre bus de retour. Le chemin du retour est peu intéressant puisque j'ai cherché à dormir dès que je le pouvais afin de limiter l'impact de la nuit blanche à 3000 mètres d'altitude. Il est bon de noter que la fatigue rend à ce moment-là les gens quelques peu irritables...

Finalement, à 14h, je suis de retour chez moi, crevé et sale. Et accompagné de Martin que j'héberge pendant sa semaine de vacances tokyoïtes. Mais ceci est une autre histoire...

LES PHOOOOOTOOOOOOOOOS !

1 commentaire:

  1. C'est beau mais ca n'a pas l'air evident, vu ton recit...!
    (ps- c'est presque un blog sur la vie de Martin maintenant !)

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